Michel Sapin, social-démocrate
Michel Sapin avait soutenu la candidature de Ségolène Royal pendant la campagne interne du Parti Socialiste.
Des extraits de son interview sont publiés ici pour montrer que ce blog n'est en rien l'ennemi de Mme Royal, contrairement à ce que certains écrivent.
Ce blog sert à expliquer la social-démocratie et à combattre les idées que nous estimons mauvaises pour le pays. D'où qu'elles viennent.
Michel Sapin, ancien ministre de l'Economie, revient sur le mini-krach boursier, sur le dogmatisme libéral du gouvernement et de Sarkozy. Il en profite pour donner quelques éléments d'une vision social-démocrate de l'économie ( Voir l'interview complète sur RFI.)
RFI : Nicolas Sarkozy réclame une régulation nécessaire et il demande au G7 de se réunir à ce sujet. Que pensez-vous ?
MS : Il a raison d’appeler à plus de transparence. Il a raison d’appeler à plus de régulation. Il a raison d’appeler à ce que les marchés eux-mêmes ne soient pas laissés à leur seule liberté, car la seule liberté des marchés aboutit à des phénomènes comme nous connaissons, c'est-à-dire des corrections brutales, dont l’ensemble des économies mondiales pâtissent ensuite. Mais il ne faut pas un tel langage uniquement lorsque les choses vont mal. Il faut que ce langage de régulation soit tenu toujours. Il ne faut pas, quand ça va bien, dire « vive l’initiative, vive les bénéfices et vive les gains » et d’un autre côté, quand ça ne va pas bien, appeler à la régulation. Il ne faut pas être opportuniste.
RFI : La régulation des marchés, c’est tout de même assez antinomique ?
MS : Non, ce n’est pas antinomique. C’est peut-être là ce qui fait la différence entre ce que je considère, moi, par le biais de la social-démocratie, c'est-à-dire, oui, le marché est certainement le meilleur moyen pour que les échanges aient lieu, pour que la production se fasse dans de bonnes conditions, mais le marché libre devient un marché fou. Donc, il faut réguler les marchés et les réguler dans la continuité.
RFI : Qui doit réguler, est-ce que les Etats ont leur mot à dire dans cette régulation des marchés financiers ; que recommanderiez-vous ?
MS : Bien sûr, les Etats ont leur mot à dire, mais on voit bien aussi que ces marchés sont maintenant des marchés totalement mondiaux, totalement internationalisés. Donc, nous avons besoin d’une plus grande puissance des institutions internationales, au niveau du FMI, au niveau des grandes institutions de régulation internationale, pour qu’il y ait des règles, mais aussi qu’il y ait la capacité de faire respecter ces règles.
RFI : Quelles règles, quelles sanctions, pouvez-vous être précis ?
MS : Il faut ce qu’on appelle des règles « prudentielles ». Ça existe aujourd’hui pour les grands organismes bancaires, nationaux et internationaux. Il faut que ces règles prudentielles s’étendent à d’autres, et en particulier à ce qu’on appelle « hedge funds », les fonds spéculatifs.
RFI : Vous parlez de régulation nécessaire, vous mentionnez également les sanctions… Sanctions par qui ?
MS : Il faut que ce soit des sanctions, au niveau de chacun des Etats, lorsque les règles ne sont pas respectées par les institutions financières de la nationalité de ces Etats. Mais il faut aussi qu’il y ait des règles qui fassent qu’un organisme qui les a pas respectées, ne soit plus admis sur les grands marchés internationaux. Si on ne les met pas au ban de la société financière, leur capacité de nuisance va, comme aujourd’hui, s’étendre à l’ensemble des marchés, y compris à ceux qui fonctionnent normalement et sereinement.
RFI : La ministre de l’Economie, parle de crise limitée en France. Bercy maintient son anticipation de croissance de 2,6% pour 2007. Qu’en pensez-vous ?
MS : Notre économie ne souffrira pas durablement des problèmes financiers d’aujourd’hui. Il y aura des corrections, il y aura des effets, mais qui seront des effets secondaires. Ce dont souffre l’économie française aujourd’hui, c’est d’une politique économique gouvernementale totalement inadaptée à la situation. Quand on a un déficit du commerce extérieur aussi important qu’aujourd’hui, on ne peut pas mettre ça simplement sur le compte des marchés financiers ou sur la valeur de l’euro. Il y a des politiques à mener qui sont des politiques en profondeur dans le domaine de la recherche, de l’éducation, de l’investissement. Tout cela manque et c’est cela qui va faire mal à l’économie française. Pas tant les turbulences financières d’aujourd’hui.
RFI : Vous dites que le gouvernement s’apprête à faire payer ses difficultés économiques, amplifiées par la crise financière, à tous les Français, c’est bien ça ?
MS : Oui, mais la crise financière n'est pour pas grand-chose dans cette affaire-là. Ce que les Français vont payer, c’est la note des cadeaux que le gouvernement vient de faire à quelques milliers de familles fortunées françaises. C’est un cadeau qui se monte autour de quinze milliards d’euros par an. Quelqu’un les paiera, ce sera l’ensemble des Français. Soit par le biais des moindres remboursements de Sécurité sociale, soit et surtout, je le pense, par des impôts nouveaux. Que l’on baptise cela TVA sociale ou autrement, ce seront des impôts que tous les Français paieront pour payer la note des cadeaux faits à quelques uns.
RFI : Cependant, le Conseil constitutionnel a retoqué une des disposition-phare du paquet fiscal. J’imagine qu’au parti socialiste vous êtes satisfait ?
MS : Il a pris une décision qui était une décision sage. On ne peut pas, comme ça, exonérer rétroactivement d’un certain nombre de charges d’intérêts des Français qui ont simplement eu la chance d’acheter leur appartement ou leur maison avant que Nicolas Sarkozy ne soit élu. Il faut qu’il y ait une date, il faut que cette date soit postérieure aux décisions, pour qu’elle puisse avoir des effets en terme d’allègement d’impôts.
RFI : La rentrée politique et sociale sonne-t-elle la fin de la lune de miel pour Nicolas Sarkozy ? Sera-t-elle bonne pour le parti socialiste ?
MS : Je pense que la lune de miel pour Nicolas Sarkozy prendra fin, parce qu’on ne peut pas gouverner uniquement avec des apparences, avec des habiletés politiques, aussi fines soient-elles. Il vient un moment où ce sont les réalités qui prennent le dessus. Je pense que ces réalités vont réapparaître et que les Français vont s’apercevoir que la politique économique, la politique financière, la politique budgétaire, la politique sociale qui est menée aujourd’hui par le gouvernement et le président de la République, ne sont pas adaptées à leurs besoins. Au contraire, elles vont aggraver la situation.
RFI : Vous appelez les Français à s’élever contre cette politique du gouvernement ?
MS : Je pense qu’avec sérénité, avec tranquillité, les Français regardent. Ils vont juger, ils sont suffisamment sages pour juger. Mais il faut qu’ils ouvrent leurs oreilles, il faut qu’ils ouvrent leurs yeux et qu’ils regardent les réalités en face, qu’ils ne se laissent pas leurrer par, je le répète, des habiletés d’attitude, des habiletés de langage, des habiletés politiciennes. Tout ceci passera et ce sont les réalités que les Français doivent maintenant regarder en face.