argent

Libération du 10 août 2015 :

C'est la série de l’été dans les Echos : après la hausse du nombre d’exilés fiscaux (vendredi), place (lundi) à la hausse ristourne fiscale accordée aux grosses fortunes, via le plafonnement mis en place par la gauche en 2013, pour remplacer le bouclier fiscal de Sarkozy. Et qui, selon le quotidien, coûterait plus cher à l’Etat que feu ce bouclier. Même si un week-end s’est intercalé entre ces deux informations, ceux qui ont courageusement, en plein mois d’août, suivi ce dossier un peu aride, peuvent légitimement se sentir déboussolés : nombre record d’exilés fiscaux vendredi et montant record des ristournes accordées aux plus riches lundi. Autrement dit, plus les grosses fortunes sont chouchoutées, plus elles fuient la France…

En réalité, si aucune des deux infos n’est fausse, chacune d’elle, plongée dans la relativité statistique, prend un tout autre sens. Et conduisent toutes deux à mettre en exergue… une forte hausse des gros patrimoines en France.

Ainsi, si l’on apprenait vendredi que le nombre d’assujettis à l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) qui ont quitté la France a bondi de 15% en 2013 (+94 foyers, soit 714 en tout), on apprenait aussi, par un autre canal, que pas moins de 18 000 personnes supplémentaires seraient redevables de l’ISF l’année suivante, atteignant un total de 331 000.

Bref, au moment où quelque 700 riches foyers quittaient l’Hexagone, près de 20 000 autres se constituaient un patrimoine digne d’être soumis à l’ISF. Un mouvement confirmé par la seconde information publiée lundi. En effet, si le coût de la ristourne liée au plafonnement actuel représente 926 millions d’euros, contre 700 millions pour le bouclier fiscal de Sarkozy, ce serait dû, avant tout, nous expliquent pudiquement les Echos, «au dynamisme des recettes» d’ISF. Ou, dit autrement, au dynamisme des grosses fortunes… En effet, plus les patrimoines sont élevés (en nombre et en niveau), plus l’ISF est élevé lui aussi, et donc plus la ristourne sur cet impôt, en proportion, est importante. Et, effectivement, selon nos informations, si le montant total de la ristourne d’ISF a augmenté de 12 % en 2014, le patrimoine net taxable a, lui, bondi de 10,6 % la même année (8,2 % pour les valeurs immobilières ; 10,8 % pour les valeurs mobilières).

Bref, d’un sentiment - contradictoire - d’exilés fiscaux fuyant la France ou coûtant de plus en plus cher à l’Etat, on en arrive finalement au fait, assez prosaïque, que le nombre de grosses fortunes - en France - a juste bondi… Preuve en est : les recettes d’ISF, elles aussi, devraient atteindre un niveau record en 2015, à 5,6 milliards d’euros.